Charles William Frederick Dumas to First Joint Commission at Paris, May 7, 1778
La Haie 7e. May 1778
Messieurs
Après avoir dépêché ma derniere Lettre du 5e, qui finissoit parvous accuser la réception de l’honorée vôtre du 30 Avril, je merendis chez le g—— F——, pour la lui communiquer. Il se faisoit ha biller pour Sortir. Il me donna néanmoins, sur le champs un moment, dans le quel il me dit, de ne pas dire encore à notre ami d’Amsterdam, que la Lettre pour le G—— P—— 1 étoit arrivée, mais de dire que je l’attendois, et qu’elle arriveroit bientôt; qu’au reste il m’apprendroit le lendemain la raison qui rendoit cette Suspension nécessaire.
Je fus attendre ensuite que notre ami d’Amsterdam fûut arrivé; et dès que je le sus, je me transportai à son Logement. Il m’apprit que, selon que je Ten avois requis en lui remettant copie de votre Lettre du 10 et de cette papier le G.P., il les avoit religieusement cachées à toute autre personne qu’à la principale de sa ville, 2 qui venoit d’arriver avec lui, qui les approuvoit parfaitement, ainsi que 1’usage que je me proposois de faire de ces pieces, et qui S’impatientoit, comme lui, que l’original de l’une arrivât, et que je commençasse la besogne, prêt à concourir de tout son pouvoir au succès. Je lui parlai alors conséquemment aux ordres du g—— F——, non pourtant Sans Souffrir entre cuir et chair, de ne pouvoir tout de suite profiter de 1’occasion, si bien préparée. Le lendemain je fus chez le g—— F——, et lui rendant compte de ma conversation de la veille, quand j’en fus aux bonnes dispositions du Principal de la grande ville, par un mouvement ou de surprise, ou de regret à cause de la Remore qui venoit de s’attacher au navire, il frappa dans sa main. Il m’apprit qu’il avoit reçu une Lettre de Mr. le Cte. de Vergennes, à qui il avoit rendu compte de mon projet et de vos Lettres du 10 lorsque je partis pour Amsterdam: que ce Ministre trouvoit la démarche, si directe de votre part, un peu prématurée, parce qu’on pourroit croire que la France fomentoit cette négociation, dans la vue d’engager cet Etat à prendre parti dans cette affaire: qu’il étoit fâché de ce contretemps; mais que le Ministre ayant écrit sa Lettre avant d’avoir su le grand succès de mon voyage é Amsterdam et les bonnes dispositions de notre ami là, &c. il espéroit de recevoir d’autres Lettres où Ton entreroit mieux dans le projet: qu’en attendant, il falloit retenir dans mon porte-feuille la Lettre pour le G—— P—— et faire usage seulement de la Lettre ostensible que vous m’aviez écrite, Messieurs, le 10 Avril, et prier notre Ami de la faire voir a Mr. le G—— P——. Je lui dis que le. je n’étois pas sûr que notre Ami voulût se prêter à cela; et 2e. qu’après les assurances que je lui avois données que je recevrois certainement la Lettre à présenter au G—— P——, et après la démarche qu’il avoit faite lui-même en conséquence auprès de l’autre principal per sonnage, je perdrois tout mon crédit auprès de ces Messieurs pour l’avenir, si je ne tenois parole. Il me dit, quant au premier point, d’essayer toujours; et quant au second, que Si l’on persistoit de la part de Sa Maison à desirer que la démarche fût Suspendue ou différeé, il se chargeoit, en ce cas, de faire connoître à ces Messieurs, par une voie détournée, mais sûre, que cette Suspension, ou ce délai, venoit de lui, et non de moi. Je fus donc trouver notre ami. Il ne voulut pas d’abord se charger de montrer au G—— P—— la susdite Lettre ostensible du 10, parce qu’il goûtoit davantage notre premier Plan, et qu’il craignoit que cette démarche ici ne mît le Parti adverse en état de parer le coup en le prévoyant. Je le fis pourtant entrer enfin dans la mesure. Il remit hier matin au G—— P—— la dite Lettre ostensible du 10, qui S’adresse à moi, to enquire privately into the dispositions 3 &c. Il aura ce soir une Conférence là-dessus avec lui; et demain j’en saurai le résultat.
Je suis aussi bref que je puis dans tout ce détail. Mais je vous le dois, Messieurs, pour vous faire juger, que si je n’exécute pas, de point en point, tout ce que j’avois promis, la cause ne viendra ni de moi, ni d’Amsterdam, ni de Vous, mais du côté d’ou je devois m’y attendre le moins; et qu’on m’a subitement prescrit une Marche très différente de celle qui étoit projetée. Je persiste à trouver, que le premier plan eût été peutêtre préférable: et je me conforme au nouveau par obéissance. Il en viendra toujours quelque bien, j’espere: mais il nous engagera, je crains, dans des longueurs, que l’autre, ce me semble, auroit prévenues.