Charles William Frederick Dumas to John Adams, August 27, 1788
Lahaie 27 e. Aout 1788
Monsieur
C’est avec tout l’intérêt qui suit des sentimens que vous me connoissez, que j’appris il y a quelques semaines votre heureuse arrivée avec votre chere famille dans votre heureuse Patrie, & que je m’em-pressai de com̃uniquer à Mr. Luzac les détails de votre réception, que je tiens de la bonté de Mr. Jefferson. Les relations Suedoises, Russes, Impériales & Turques, ne lui ont permis que depuis peu de jours d’insérer la mienne, dont voici un Exemplaire.— J’ai observé que ce petit morceau, ainsi que d’autres insérés précédem̃ent de ma part, a été un cordial pour les Amis de nos Etats, & un cordolium pour leurs Ennemis, qui ne cessent de vouloir donner de fausses impressions contre eux.
Je vous félicite, Monsieur, & moi-même de la Majorité actuelle en faveur de la nouvelle Constitution fédérative, par l’accession de ceux de N. Hampshire & de Virginie aux huit qui s’étoient déjà déclarés. Je ne doute pas que les deux, & même les trois restants, ne se rangent enfin de bonne grace du même avis, & que tous ne continuent ainsi à donner le plus illustre, & depuis la création l’unique exemple de sagesse & de perfection progressive à tous les Gouvernemens, de félicité vraie à tous les Peuples du monde.
Je devrois, Monsieur, vous donner quelque détail sur la maniere d’être de—& dans—ce pays, mais malade, &c., je n’ai la force ni de l’ame ni du Corps, pour en esquisser le Tableau. Il est fort dangereux d’ailleurs de dire & sur-tout d’écrire sa pensée.— Dies, noctesque, ebriorum, prostibulorum, mendicorum, furum, stulticinum, pyrobolariorum ex infima plebe militiaque, viæ sunt plenæ. — Peu de société & de com̃unication, beaucoup de réserve & deméfiance, parmi les gens honnêtes.
Quant aux Systêmes publics, même de toute l’Europe, j’y vois moins clair de jour en jour; ils me paroissent approcher du Cahos: nihil simplex, nihil in politicis honestum, nihil illustre, nihil forte, nihil liberum. Cic. ad Att. I. 13.— Je me console ou plutôt désole actuellement avec cet Auteur, & vois avec douleur que ce siecle, si éclairé, si philosophe dit-on, ne reproduit de toute l’histoire que des Catilinas, des Clodius, &c. &c. &c.— Je ne parle que de notre Continent. Vous pouvez, Monsieur, Dieu merci, m’entretenir plus agréablement du vôtre. Soyez béni avec lui, avec Madame & tous les chers vôtres. Agréez avec eux, de ma famille, les témoignages des sentimens qui leur sont acquis de sa part, & du grand cas qu’elle fera toujours de votre bon souvenir.
Je suis avec grand respect, De Votre Exc e. / Le très-humble & très obéiss t / serviteur,
Cwf Dumas
La Comp e. des Indes ici, ayant, pour empêcher sa ruine totale, besoin de 15 millions de florins, & la Province ayant tenté pour cet Effet, sans succes un Emprunt à 2 ½ p%, on a eu recours à 5000 Lettres de Change de f1000 chacune, tirées par la Comp e. , acceptées par les Et. d’Holl de. , payables dans 5 ans, à 4 p% d’Int. par an, affranchies de toute imposition ou charge quelconque. Ces 5000 Lettres, à un Int. & des Conditions si favorables, ont été promptement accaparées. Pour compléter les 15 millions dont on a besoin, on alloit lâcher encore 10,000 de ces Lettres; mais on s’est apperçu, que la premiere émission avoit fait tomber les obligations de 2 ½ (Masse du credit national) de 85 à 80 p%, & que cette nouvelle Emission les feroit baisser au moins de 10 p% de plus encore. On n’a pas osé passer outre. On va donc obliger la nation à un prêt forcé du 50 me. , peut-être même du 25 e. denier, des biens meubles & im̃eubles d’un chacun.— 1 Ceci, Monsieur, joint aux Alliances visiblement contradictoires où l’on se trouve aujourd’hui engagé, vous fera juger de la situation présente & future de ce pays mieux que tous les raisonnemens à perte de vue que je pourrois ajouter.
Mess. Willink & Staphorst ne m’ont pas encore envoye votre estimable Ouvrage Defence of the Const n. of the Un St que vous leur aviez ordonné de m’envoyer. Je ne sais a quoi celatient J’en suis fache. Privé de votre entretien personnel, je voudrois au moins m’en-tretenir avec vous dans votre Livre. Je leur en écrirai.