Charles William Frederick Dumas to John Adams, May 23, 1783
Lahaie 23 e. May 1783
Monsieur,
Mardi dernier nous fumes dîner à Rotterdam chez Mr. Van Berckel, qui nous avoit invités avec Mr. Votre fils.— 1 Le départ de ce Ministre est fixé vers le 15 du mois prochain, avec le Vaisseau tout neuf doublé en cuivre l’Overyssel de 68 p. de canon, com̃andé par le brave & patriotique Capitaine Riemersma. 2 Si vous êtes sûr, Monsieur, de retourner en Amérique cette année, il est facheux que le lambinage de la pacification gen e. vous prive mutuellement des agrémens de la compagnie les uns des autres.
Je me recom̃ande pour avoir une copie du Traité avec la Suede, & votre permission, s’il est à propos de le publier, pour favoriser notre bon ami Luzac des prémices de cette publication, ou, du moins, pour pouvoir en donner une copie à Mr. Van Berckel, qui voudroit l’emporter avec lui.
Mr. votre fils se porte bien, & nous réjouit tous par sa bonne humeur. Nous nous amusons à lire ensemble le Caligula de Suétone, le Pseudolus de Plaute, & la Didon amoureuse & mourante, ou le Livre IV de Virgile. Il sent ce qu’il lit d’une maniere qui n’est donnée qu’à peu de monde: ce qui fait qu’il y a du plaisir à lire avec lui. 3
Nos Amis vous prient, Monsieur, lorsque l’occasion s’en présentera Sans vous compromettre, d’insinuer dans vos conversations avec les Ministres Brit., que le renvoi ici de Sir J. Y., dont on fait courir le bruit, ne seroit ni agréable à cette nation, ni utile à aucune des deux Puissances, puisqu’il ne serviroit qu’à recommencer les anciennes intrigues, & par conséquent à irriter de plus belle les esprits. 4 On a fait faire la même priere à Mr. le Duc de la V——
Hier nous allames tous dîner au milieu des Dunes de Scheveling. L’une de ces Dunes nous servit de Siege & de table, le bruit de la mer de Symphonie, un vaste horison de salle à manger, & l’air pur de Cuisinier, qui assaisonna au goût de chacun les petites provisions dont nous nous étions chargés. 5
En revenant mardi de Rotterdam, nous trouvames vos faveurs du 16. 6 Le passé me fait juger, que vos épaules ne seront pas plus embarrassées des charges que vous paroissez appréhender, que vos temples de l’honneur qui leur est dû, de la part de vos concitoyens.— Votre paix de 1782, 83, 84, &c. me réjouit, & réjouira nos amis, qui seront de retour mardi.
Depuis 9 ans j’ai chez moi le sort de Tantale; & l’amour platonique, qui seul m’est permis, aussi aisé de loin que de près, ne nous donne ni le même droit à l’héroisme pro bono publico , qu’à Mr. & Made. Adams, ni les mêmes récompenses, que nous leur souhaitons cordialement Mad e. Dumas & moi.
Dans ce moment je reçois vos ordres du 19 en conséquence desquels j’ai ouvert le paquet, contenant la Lettre que voici de Mr. Livingston, avec les Traité & Convention du 8 Oct. dernier de retour, munis de leurs ratifications, desquelles je joins ici copie. Je tiendrai, com̃e vous l’ordonnez, ces Traité & Convention ratifiés sous la Clef, jusqu’à-ce que vous m’honoriez de vos ordres ultérieurs là-dessus. J’ajouterai seulement, com̃e mon opinion, sauf votre meilleur avis, qu’il paroît convenable que ces deux pieces puissant être remises le plutôt le mieux, 7 com̃e on s’y attend ici, si ce n’est par Votre Exc e. même, au moins par moi de votre part; non seulement parce que le terme des 6 mois fixé pour l’Echange des ratifications est échu depuis près de 2 mois, mais aussi parce qu’il semble à propos que cette affaire Soit entierement terminée avant le départ de Mr. Van Berckel.
Je Suis avec grand respect / De Votre Excellence / Le très humble & très / obéissant serviteur
C.w.f. Dumas