Letter

Charles William Frederick Dumas to John Adams, October 26, 1784

Lahaie 26 Oct. 1784

Monsieur,

Depuis quelque temps, & plus les apparences de guerre se fortifient, plus je me trouve obséde, tant par des Americains que par des Hollandois, pour leur procurer des Lettres de mer Américaines. Il m’est aisé de me défaire de ces derniers, quoiqu’ils reviennent toujours à la charge, en leur disant que cela n’est pas en mon pouvoir, & en leur promettant d’en écrire à V. E. Mais il n’en est pas demême des Américains, qui se plaignent hautement de ne pas trouver ici le recours auquel ils ont droit de s’attendre. Ils disent qu’ils ne sauroient faire leurs affaires, sans être assurés d’être aidés sur le champ, lorsqu’elles viennent à l’exiger; & je conçois qu’ils ont raison.— Entre autres il s’est présenté un Mr. C. Dutilh March d. de Rotterdam, & J n. Veder patron de Navire, accompagnés de Mr. La Baussaie Ag t. de France. Ils m’ont fait voir une Procure de Mr. Et. Dutilh, leur parent, Nég t. établi à Philadelphie, chargeant le dit Mr. C. Dutilh d’acheter un Vaisseau pour compte de lui E. Dutilh, que le dit J n. Veder, qui m’a produit son Acte de Bourgeois de Philadelphie, devoit com̃ander & conduire avec la cargaison qu’on y mettroit, à Philadelphie.— Après avoir consulté nos amis là-dessus, & notam̃ent Mr. De Berenger, qui m’on dit que je ferois mal de ne pas prendre sur moi d’aider ces gens, je leur promis de leur donner une Déclaration, qui pût servir de Lettre de mer, s’ils m’exhiboient l’Acte légal & authentique de la Vente du Vaisseau, autrement nom̃é ici transport, & le Manifeste de sa Cargaison. Quelques jours après ils l’ont fait; & en conséquence je leur ai donné (NB. gratis, ce dont j’ai la déclaration signée du Capitaine) une Déclaration, dont voici copie, dans laquelle j’ai suivi le plus exactement possible le modele qui s’en trouve dans le Traité de Com̃erce conclu ici par V. E. J’ai seulement omis l’apostrophe aux Empereurs, rois, &c. qui eût été absurde de ma part. 1 Ce Vaisseau est déjà en route pour Philadelphie.

Un autre Américain, que j’ai promis d’aider sous les mêmes conditions, & qui peut revenir d’un jour à l’autre me som̃er de lui tenir parole, c’est Mr. Wildick, Citoyen & propriétaire de terres en Pensylvanie, & d’un Vaisseau nouvellement bâti à Philadelphie, dont il m’a fait voir les Actes, lequel m’a été recom̃andé par le Col. Senf. Mr. Wildick m’a observé, que si je ne voulois pas l’aider en cela, des Négociants Anglois profiteroient des Marchés que lui ne pourroit conclure en ce cas.

J’ai déjà donné connoissance de l’un & l’autre cas dans mes dernieres Lettres au Président du Congrès. 2 En attendant, com̃e cela ne laisse pas de m’inquiéter, quoique j’aie cru faire pour le mieux, je prie V. E. de vouloir bien m’écrire le plutôt possible votre sentiment là-dessus; & s’il y a de l’inconvénient à le faire à l’avenir, de m’autoriser à refuser la chose à d’autres qui pourront se présenter. 3

Quant aux Hollandois, l’honnêteté veut que je puisse aussi leur alléguer les raisons au moins de mon impuissance à leur faire plaisir.

Par exemple, je ne sais que répondre à Mess. W m. & J n. Willink, qui me demandent par Lettre pressante du 12, “si je pourrois leur procurer des papiers Américains pour leur Vaisseaux, qui se trouvent actuellement dans differents ports, afin d’obvier aux obstacles que les circonstances actuelles peuvent occasionner; me priant instam̃ent, si cela étoit faisable, de les informer des particularités qui y sont attachées, pour ne jouer qu’à coup sûr, & pour prévenir toutes sortes d’empechemens.” Un autre Négociant, Mr. Beud, connu de V. E. dit-il, est venu exprès de Rotterd, me consulter sur pareille affaire.— Enfin Mr. Gallois, Courtier de Vaisseaux à Amst m. , m’est venu parler aussi, & puis m’a envoyé le Mémoire ci-joint, afin d’y avoir une réponse, que je lui ai fait espérer de la part de Votre Excellence. 4

Dans ce moment je reçois une Lettre de Mr. R. Wildick d’Amst m. , qui allegue, qu’il n’est pas juste de faire aux Américain des difficultés ici, qu’on ne leur fait point en Amériq e. , où il leur est permis de prendre pour Capitaines de leurs Vaisseaux des gens habiles de toute nation. Mr. Brush m’a confirmé cela.— Il se plaint aussi des droits considérables qu’il faut payer en ce pays pour acheter légalement un Vaisseau, & voudroit les épargner. Je lui réponds sur cet Article, qu’il ne dépend pas de moi de dispenser les Américains de ces droits du pays; mais que je ne saurois lui donner Déclaration qu’il demande, S’il ne me produit l’Acte de Vente passé légalement devant le Magistrat, qui fasse voir que le Vaisseau est vraiment de propriété Americaine.

Sources
Founders Online u2014 Adams Papers View original source ↗