Letter

Charles William Frederick Dumas to John Adams, June 13, 1789

Lahaie 13 e. Juin 1789 .

Monsieur

L’affection dont vous m’avez honoré pendant votre séjour en
Europe, & les sentimens inaltérables de mon attachement pour Votre Excellence,
m’engagent à vous présenter l’expression de ma joie, à l’agréable nouvelle de
l’important Poste auquel le Peuple le plus libre du monde vient de vous élire, &
que votre zele pour la patrie vous a fait accepter. Puisse ce zele trouver sa
récompense dans le succès la plus complet de vos travaux pour la félicité publique,
dans la prospérité de votre chere famille, dans l’estime & l’amour de vos
Concitoyens, dans les bénédictions de cette vie & de celle qui attend la vertu
dans l’autre.

Je me suis pressé de publier votre beau Discours, com̃e V.
E verra par la Gazette ci-jointe de notre ami à Leide.

Je ne puis rien vous dire, Monsieur, de la vie politique de ce
lieu, étant nul pour elle, com̃e V.E. pourra voir par mes Lettres au Département
des Affaires Etr., sur-tout depuis 7bre. dernier.— 1 Quant à la vie sociale, quoique moins agitée
par les com̃otions extérieures, elle n’en est pas moins disgracieuse pour tous
ceux qui ne peuvent se croire heureux non seulement en dissimulant, mais en simulant:
car il faut pouvoir faire l’un & l’autre. Il n’en est pas de-même, à ce que
j’apprends, dans les villes: mais ici, jusqu’aux plus proches, on se méconnoît, hait,
calomnie, trahit, &c. &c. impitoyablement; & les plus vertueux en souffrent le plus.
Quelques-uns succombent au chagrin, & meurent: D’autres, un peu plus vivaces,
végetent tristement.— J’ai pris la Liberté de solliciter dans mes Dépeches, pour être
accrédité com̃e Chargé d’Affaires auprès de la Cour de Bruxelles, & être
porteur de deux Lettres du Congrès, l’une pour la dite Cour, l’autre, à lui remettre
en même temps, pour la faire passer à la Cour de Vienne, dans lesquelles on
suppléeroit à l’Omission anterieure, d’avoir donné connoissance directe & formelle
de l’Indépendance & de la Majesté de la Confédération Américaine.— Je pourrois
aussi minuter avec la dite Cour un Traité de Com̃erce & d’Amitié, à conclure
finalement par S.E. Mr. Jefferson avec le Ministre Impérial à Paris.— 2 Ainsi accrédité une fois pour toutes, sans
avoir besoin de résider à la continue à Bruxelles, je serois plus sous la protection
du Droit des Gens, & moins déprécié en ce pays. Par la même raison il seroit bon
pour moi de pouvoir remettre officiellement de pareilles Lettres de notification aux
Ministres Danois, Suedois, Russe, Prussien & Sarde à Lahaie, pour les faire passer
à leurs Cours. Il n’y auroit même aucun Inconvénient que je remisse à Mr. Fagel une
Lettre pour Leurs H.P. où connoissance leur seroit donnée directe &
im̃édiate, de la nouvelle Constitution fédérative des Etats-unis. Cela m’y
rendroit une certaine contenance & considération dans la socialité, dont on
travaille sourdement à me priver tant qu’on peut. Cela désole ma famille, & me
prive de toutes les douceurs & consolations que j’ai
droit d’en attendre.— Son Exc. Mr. Jay me fait espérer, que dès que le Congrès aura
terminé les affaires majeures, il voudra bien, entre les mineures donner attention à
celle-ci, & faire quelque chose qui doñe à connoître, que quoique réprouvé du
Systême aujourd’hui dominant en ce pays, je ne le suis pas pour cela, & pour lui
faire plaisir, de mes maîtres; & je me recom̃ande à cet égard, com̃e à
tout autre à l’amitié & à la bonté de votre Exc e. pour
moi, qui suis avec le plus respectueux attachement, De Votre Excell ce. / Le très-humble & très-obeissant / serviteur

Cwf Dumas

Je viens de recevoir le noble & touchant discours de S.E. Mr.
le Président. Il l’envoie à Leide pour être inséré dans la Gazette. 3

J’eus l’honneur d’écrire à V.E. au mois d’Août de l’année passée,
une Lettre adressée à Boston. 4 J’espere
qu’elle Lui est parvenue, & que je serai favorisé du souvenir de V.E., pour avoir
des nouvelles de sa santé & de celle de Madame, à qui je présente l’hom̃age
de mes respects.

Sources
Founders Online u2014 Adams Papers View original source ↗