Friedrich Wilhelm, Baron von Thulemeier to John Adams, September 9, 1785
à la Haye le 9. Septembre 1785.
Monsieur,
Je satisfais aujourd’hui, Monsieur, à la demande que vous m’avez faite il y a quelque temps, touchant la probabilité de la consommation qui se fait dans les Etats du Roi, du tabac de Virginie, de l’indigo & de l’huile de Spermaceti. 1 Voici ce qu’on m’a répondu. Quant au premier article, c’est à dire au tabac de Virginie, il est certain que cet objet mérite une attention particulière, & que les Etats Unis de l’Amérique peuvent s’en promettre un débit très-considèrable dans la domination de Sa Majesté Prussienne. La consommation qu’en font nos fabriques peut aller annuellement à un million & demi de livres, mais il est essentiel pour cet effet que les assortimens soyent bien composés, & proportionnés aux besoins de notre pays. On y recherche de préférence le [Svicent] gras & sec, les feuilles de tabac bruns & jaunes du Maryland, comme aussi une certaine quantité des feuilles de la Nouvelle-Yorcke. Une des précautions qu’on recommande le plus, c’est qu’on ne choisisse point des tabacs fraichement cueillis, puisqu’ils sont sujets à s’échauffer en route, & par conséquent à se détériorer.
L’article de l’Indigo ne rencontreroit peut-être pas un débit bien assuré dans les Etats du Roi, du moins quant aux premiers temps. Nos fabriquans & nos Teinturiers, une fois accoutumés à celui de s t. Domingue, dont ils connoissent les propriétés, se resoudroient difficilement à le remplacer par l’indigo de la Caroline; cependant si la bonne qualité de ce dernier étoit une fois reconnue, & qu’il se trouvât une différence marquée dans le prix, il seroit possible que cet objet devint tôt ou tard une nouvelle branche de commerce.
Enfin pour ce qui regarde le spermaceti, il n’est pas apparent que l’usage puisse en être introduit jusqu’à un certain point dans ma patrie. Cette matière seroit trop chère pour être employée aux lanternes publiques, d’autant plus que les huiles, qui sont une production naturelle de plusieurs de nos Provinces, peuvent y suffire, & qu’on se sert aussi en partie de l’huile de baleine. Les bougies de spermaceti feroient également peu de fortune, puisqu’on peut se procurer à beaucoup meilleur marché celles de Cire qu’on fabrique chez nous, des produits de nos propres cultures.
Tels sont, Monsieur, les éclaircissemens que j’ai été mis à portée de vous donner, & dont vous ferez sans doute l’usage qui vous paroîtra le plus convenable. Vous me trouverez toujours disposé à concourir avec Vous pour étendre & pour favoriser de plus en plus les liaisons de commerce qu’il s’agit d’établir entre votre Patrie & la mienne, & je m’appliquerai constamment à seconder, autant qu’il dépendra de moi, le zèle éclairé qui Vous anime pour l’utilité réciproque des Sujets du Roi et des Citoyens de l’Amérique Unie.
J’ai l’honneur d’être avec la considération la plus distinguée, / Monsieur / Vôtre très-humble et très-obéissant Serviteur,
de Thulemeier