Letter

Nicolas Richard to Benjamin Franklin, March 2, 1783

au Collège de lisieux ce 2. mars 1783.

Monsieur,

C’eut été pour moi une Satisfaction bien douce de pouvoir vous presenter mon ode Sur la paix. 6 Cétoit dans l’espérance de jouir de Cet honneur, que, malgré une indisposition causée par de longues veilles, j’ai fait le voyage de Passy. J’avois encore envie de vous communiquer quelques Strophes que le Censeur de mon ouvrage m’a fait Supprimer, comme trop hardies, Selon lui; mais qui, au jugement de plusieurs Sçavants à qui j’en ai fait part, ne Sont pourtant que dans la plus èxacte vérité. Je vous les envoye cy-jointes; et je laisse à votre éxpérience à décider Si j’ai été emporté trop loin par mon enthousiasme et mon admiration pour un peuple dont votre prudence à Si heureusement défendu les droits et rétabli la liberté. Dans le Supplément que je vous envoye, Monsieur, j’ai cru, pour ne point choquer votre modestie, devoir omettre une Strophe qui vous regarde personnellement. Mais en même tems j’ai cru pouvoir la joindre aux autres dans la distribution que j’en ai faite aux gens d’esprit. La Supprimer entièrement, c’eut été manquer à ce que je dois au témoignage de ma Conscience. Puisse ce foible hommage, que je rends à votre mérite vous prouver avec qu’elle éstime et qu’elle vénération je suis, Monsieur, Votre trés humble et trés Obéissant Serviteur

Richard Etud. en philosophie

P.S. Comme je Suis à la dernière année de mes études, je prends la liberté de Réclamer votre protection dans le cas ou vous pourriez me faire avoir quelque place, soit d’educateur, soit de sécrétaire. Mais je désirerois, autant qu’il Seroit possible, avoir un emploi qui me laissât quelques moments libres pour m’occuper des belles-lettres qui sont ma passion favorite, et aux qu’elles je me livrerois sans restriction, si le défaut de fortune ne me mettoit dans la nécessité de m’attacher à d’autres objets, et de Sacrifier mes gouts à mes besoins. Des témoignages avantageux de la part des Supérieurs d’un Collège où je Suis depuis près de dix ans en qualité de boursier, et conséquemment où je n’ai pu me maintenir que par une Conduite irréprochable; des Succès plus qu’ordinaires dans le Cours de mes études; et de l’ardeur pour le travail: voila, Monsieur, les Seuls titres que je puisse faire valoir, et les Seuls aussi qui puissent vous interresser./.

au lieu de la Strophe commençant par ces mots la paix,

l’aimable paix &c. je continuois ainsi:

D’un Empire nouveau les colonnes naissantes

ont enfin soulevé ces chaines flétrissantes

que forgeoit des Tyrans la sourde ambition.

O douce liberté, viens rompre les entraves

de cent peuples èsclaves

sous le joug odieux des enfants d’Albion.

Oui, ces fers trop tendus se relachent, se brisent,

et du poids de leur chute écrasent et détruisent

le Thrône qu’élévoit un maitre redouté.

Tel un Chêne abattu sous les coups de la foudre

Voit Ses rameaux en poudre

couvrir de leurs dèbris le sol qui l’a porté.

Peuple Roi, peuple ésclave; ainsi dans ton délire

ivre du fol espoir d’un chimérique empire

Tu Prètendois regner sur ces nouveaux Climats:

mais en vain franchissant le vaste sein de l’onde

à la moitié du monde

Tes vaisseaux apportoient des fers ou le trépas.

Il est des dieux vengeurs, dont la lente justice

de fleurs couvre souvent les bords du prècipice.

Dans tes hardis desseins leur faveur t’a trompé:

par un cruel retour, renversant ta fortune

tu les vois de Neptune

briser entre tes mains le Trident usurpé.

Assez et trop longtems le Sceptre Britannique

Sous l’orgueil oppresseur d’une loi Tyrannique

à fait gémir les flots de l’ocean Surpris.

Va, tu n’entendras plus Amphytrite plaintive

de son onde captive

déplorer en tremblant l’injurieux mépris.

Aux rives de Boston, la fiére indépendance

à marqué dès-long-tems l’ecueil de ta Puissance.

Quitte de tes projets l’espoir audacieux;

s’il est vrai que des mers jadis tu fus l’arbitre

de Ce superbe titre

dépose pour toujours le faste ambitieux.

Partez, riches vaisseaux &c.

Sources
Founders Online u2014 Papers of Benjamin Franklin View original source ↗